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Le droit robotique sera-t-il théosophique ou les androïdes rêveront-ils de moutons électriques ?

Si la question de la simplicité impossible des lois et textes qui seraient susceptibles de constituer le corpus d’un « code robotique » peut être évacuée, il subsiste une question essentielle voire existentielle, celle de la proximité qui pourrait exister entre humains et robots.

Les robots sont, encore, des créations humaines. Ils sont donc naturellement les reflets d’une multitude de sentiments, émotions ou ressentis, ceux de leurs concepteurs, mais aussi ceux des humains avec lesquels ils interagissent, interagiraient.

Le concepteur d’une intelligence artificielle insérée dans un robot aura naturellement tendance à lui insuffler ce qui sera, à ses yeux, ses valeurs (ou ses travers). Les comportements qui s’ensuivront seront donc conditionnés par ces inserts culturels et/ou cultuels. La première loi d’Asimov étant une référence claire au « tu ne tueras point » du décalogue, mais, cette remarque faite, on peut s’interroger sur la possibilité pour les robots de respecter l’essentiel des 10 commandements.

Rappelons-les

Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement

Son saint nom tu respecteras, fuyant blasphème et faux serment

Le jour du Seigneur garderas, en servant Dieu dévotement

Tes père et mère honoreras, tes supérieurs pareillement

Ces quatre premiers commandements peuvent définir la soumission qui doit exister entre la machine et l’homme. Ce dernier étant le créateur au sens théosophique du terme, il ne saurait être contesté dans ses choix et décisions par sa création. Que le robot s’appelle D2R2 ou Pinocchio, nous sommes dans le même schéma de rapport au créateur.

Tu ne tueras pas

Il s’agit donc de la 1re loi d’Asimov. À la réserve que ce principe pourra être susceptible de connaitre de nombreuses exceptions qui viendront la remettre en cause.

Les débats actuels sur les armes autonomes (des robots tueurs en somme) sont de plus en plus fréquents. Il serait, à mon sens, illusoire de vouloir les traiter, les domaines de la défense et du militaire étant par trop régaliens pour qu’un Etat accepte de s’en dessaisir voire se laisse priver d’un avantage sur un ennemi ou, à tout du moins, une possibilité d’équilibre. Les robots tueurs existent, cette loi « asimovienne » s’appliquerait de facto à ceux qui les déploient et les instruisent de leurs comportements.

Mais on conviendra que la mise en œuvre d’une notion de responsabilité est des plus ténue. Cela supposerait une instance internationale, sur le modèle d’une CPI, mais réellement universelle, dotée de pouvoirs élargis en matière d’exécution de ses décisions. Cela est possible, mais ne semble pas pour autant d’actualité.

Tu ne commettras pas d’adultère

Les interactions sexuelles entre humains et machines ne datent pas d’hier. Les premières poupées gonflables datent de 1950 et depuis cette date les techniques se sont perfectionnées pour rendre ces substituts de plus en plus ressemblants et « sensibles ». Quant aux sex-toys, ils sont plus anciens encore, Cléopâtre avait créé son vibromasseur avec un rouleau de papyrus rempli d’abeilles bourdonnantes et scellé, puis en 1883 nait le vibromasseur à vapeur et en 2024 on estime que plus de 50% des Françaises ont recours à un tel instrument.  Quant à l’adultère, le film « Blade Runner » directement inspiré de l’ouvrage de Philip K Dick « les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » laisse subsister un doute quant à une interaction non platonique entre les deux protagonistes Decker et Rachel. Et pour ceux qui trouveraient cette éventualité inenvisageable, on rappellera que les relations de nombreuses personnes avec leurs tamagotchis (qui reviennent au goût du jour) peuvent laisser perplexe ! L’humain a une très grande capacité à humaniser ce dont il a envie pour justifier ses comportements, que ce soit un animal ou autre chose.

Tu ne voleras pas

Un robot peut-il se voir appliquer des interdits de cette nature ? Si on juge que leurs comportements s’ils entrainent une responsabilité d’exécutant de l’acte ne les rend pas pour autant coupables de ceux-ci qui sont le fait de celui qui commande leurs actions à savoir un créateur ou un opérateur. Mais peut-être que oui si le robot a acquis suffisamment d’autonomie pour être responsable de ses actions qui pourraient répondre à la nécessité d’une survie. Maintenant ne nous y trompons pas il existe déjà des robots « voleurs » venant pirater et aspirer vos données personnelles pour le compte de qui le souhaite et pour des usages en marge de la légalité. L’hypothèse retenue n’est donc pas une révolution, mais juste une évolution voire une généralisation.

Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain

Tu ne convoiteras pas la maison ou la femme de ton prochain

Tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain

Ce sont des instructions relativement aisées à insérer dans un programme, tout en étant, pour la première tout aussi simple à contourner.

Paradoxalement la maison, un peu, ou la femme (ou l’homme si l’on veut) beaucoup plus, peuvent devenir des objets de convoitise pour l’androïde et réciproquement. La série suédoise « real humans » (2012) offre de ce point de vue une mise en perspective fascinante. On peut balayer tout cela d’un revers de la main en y voyant de la « science-fiction », mais trop souvent la réalité dépasse la fiction.

Une vision théosophique de ce que pourrait être un « droit robotique » amène aux questions liées à l’IA générative permettant aux ordinateurs (et donc à des androïdes qui en seraient dotés) de développer par eux-mêmes les changements de leurs comportements, voire de mettre en œuvre des modes de communication qui n’appartiendraient qu’à eux. Si des enfants de 6 ans peuvent se créer leur propre langage pour échanger, avec leurs camarades, à l’insu de leurs parents, un ordinateur capable de battre aux échecs un grand Maître le peut certainement aussi.

Cette question de l’IA générative qui a agité l’entreprise Open IA récemment induit deux choix pouvant impacter la société.

Celui de la « pause » consistant à se donner le temps d’évaluer les évolutions technologiques et voir si rien de dangereux n’en sort (la thématique sous-jacente de Terminator ou du dernier film Mission Impossible). Ou, au contraire, opter pour une forme de laisser-faire et de course au progrès en pensant en maitriser en permanence toutes les conséquences.

Il y a près de 500 ans François Rabelais écrivait « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »… on peut toujours méditer cette citation aujourd’hui.

nicolas-leregle

Avocat au barreau de Paris, Associé RESPONSABLES

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