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Droit robotique et droit humain : Aux origines du robot ! (I)

Interview Bertrand Coty

Nicolas Lerègle, les interrogations sur les relations de l’homme à la machine ne sont pas nouvelles. Pourriez-vous nous en faire un rapide historique ?

Il y a longtemps sans que cela soit une éternité, René Descartes a théorisé la métaphysique de l’animal-machine. Selon lui, un animal ne serait qu’un assemblage de pièces mues par des rouages aussi n’aurait-il ni conscience ni pensée. Certes Descartes ne nie pas qu’un animal soit vivant et puisse avoir des comportementaux que l’on pourrait qualifier de sentimentaux, mais cela ne lui fait pas quitter pour autant le monde des machines mises à la disposition des hommes pour l’assister dans ses tâches ou satisfaire à ses besoins.

À la même époque, Jean de la Fontaine dans ses fables tranche avec cette vision et fait des animaux des miroirs des hommes en les dotant de tous les attributs de ceux-ci ainsi que de leurs qualités et défauts.

Plus généralement les empiristes menés par Gassendi ou Condillac se sont opposés à la vision cartésienne, leur philosophie fondée par l’étude et l’analyse des faits et observations leur permettant de juger que l’animal machine était une simplification par trop éloignée de la réalité pour être admise telle quelle.

Les animaux ne sont pas des horloges (le summum de la complexité technologique au XVIIe) pas plus qu’ils ne sont des êtres humains ayant éthique et religion. On rappellera toutefois que l’Église, au Moyen-Age, a été amenée à condamner à mort des cochons ou des chats à l’issue de procès où les animaux étaient jugés comme des humains ! L’animal, à cette époque, à défaut d’avoir des droits était un sujet soumis au droit, certes des règles qui lui étaient, et pour cause, étrangères, mais humanisantes même si la sentence était la mort.

Quelques décennies plus tard arrivèrent les automates dont la précision horlogère et les possibilités réelles – jouer d’un instrument – ou falsifiées – jouer aux échecs – commencèrent à troubler les esprits et à estomper les différences entre ce que l’homme est capable de faire et ce qu’une machine peut réaliser. En 1769 l’automate joueur d’échecs de von Kampelen fut une grande attraction persuadant nombre de ses contemporains qu’une machine pouvait effectivement jouer aux échecs et donc être dotée d’une intelligence « artificielle ».

Cet automate était un canular, un être humain se glissant dans la machine anticipant de 250 ans les ambitions d’Elon Musk de fondre homme et machine ! Il faudra encore patienter 100 ans pour que le genre littéraire de l’anticipation, porté par H.G Wells ou J.Verne, commence à habituer nos esprits à une vision de ce que pourrait être le futur. Et au début du XXe siècle, c’est un auteur tchèque Karel Capek qui va inventer et théâtraliser le mot « robot » tel que nous le connaissons et l’employons aujourd’hui.

Quelle est aujourd’hui  la traduction en droit de cette évolution ?

De l’animal-machine de Descartes au Robot de Capek les différences sont faibles, l’animal cartésien était une assistance laborieuse et Capek a créé le mot Robot à partir du mot tchèque « robota » que l’on peut assimiler au servage.

Le robot serait donc un assistant, à l’animal-machine s’est substitué la machine-outil du capitalisme industriel et aujourd’hui le robot plus ou moins humanoïde qui, doté d’une IA et d’une informatique quantique semble plus proche de Terminator que de Wall-E.

Il y a encore 40 ans, les animaux n’avaient pas de droit ni de droits. Le 10 juillet 1976, une loi relative à la protection de la nature est votée et postule dans son article 9 que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de l’espèce ». Ce texte a été renforcé par une loi du 30 novembre 2021 visant à sanctionner la maltraitance animale.

Aujourd’hui l’animal est un sujet de droit et a des droits. Une telle évolution serait-elle possible pour les robots ?

Déjà Fritz Lang, dans Metropolis, évoquait la prise de pouvoir de la machine sur l’homme. Est-ce une crainte dénuée de fondement ?

Tout dépend de la conception que nous attachons à la notion de prise de pouvoir. Sommes-nous simplement dans l’homme amélioré que nous promet prochainement Elon Musk où serons-nous bientôt, quasi étymologiquement, les robots des machines comme cela est décrit dans Matrix, film tout autant intéressant qu’a pu l’être Métropolis.

Le pire peut-être n’est pas tant une prise de pouvoir par les machines que notre soumission bien volontaire à celle-ci. Il suffit de voir se développer les technoaddictions à nos smartphones, consoles de jeux électroniques et autres écrans pour se dire que certains ont franchi le seuil de la dépendance.

Ajoutons que de plus en plus d’actions humaines sont clairement dépendantes du bon fonctionnement des équipements électroniques qui y sont associés. L’ouvrier sur le chantier comme le soldat sur son théâtre d’opérations dépendent de la technologie pour réaliser leurs missions. Le conflit en Ukraine l’a démontré avec cet épisode ou la constellation starlink qui assurait l’Internet pour l’Ukraine a été coupée (à la demande d’Elon Musk) au moment de lancer une attaque. Pas d’Internet, pas d’attaque en somme.

Face à ces incertitudes quel peut être le domaine du droit ?

Le droit pour le moment est encore centré sur l’humain. Les incertitudes évoquées ont d’ores et déjà commencé à se manifester dans le monde des entreprises de la Tech, les soubresauts que connait actuellement OpenAI sont directement liés à des différences d’approche quant à l’IA. Le monde de demain sera-t-il celui de Terminator ou un Eden où l’IA servira les humains sans jamais chercher à aller au-delà.

Le droit va devoir s’en mêler. Il y a encore quelques années, il était clamé que nous n’aurions jamais de robots tueurs…les drones kamikazes nous rappellent que ce stade a d’ores et déjà été dépassé.

Comme d’habitude le droit va devoir s’adapter. Il conviendra d’anticiper comment.

nicolas-leregle
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Avocat, Associé RESPONSABLES

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