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Le droit robotique peut-il être simple ? (II)

Interview Bertrand Coty

Nicolas Lerègle, dans l’hypothèse d’une Loi dédiée au robot, quelle serait sa principale caractéristique selon vous ?

Tout d’abord le droit robotique, qui serait un nouveau domaine du droit, mérite d’être défini et précisé. Il s’agirait des lois qui pourraient s’appliquer aux robots dans leurs comportements et leurs interactions avec les humains.

Ce droit doit prendre en compte la volonté conceptuelle des humains dans les processus de fabrication des robots, mais aussi les évolutions qui s’avéreraient indispensables du fait d’une autonomie croissante des robots produite par l’intelligence artificielle dont ils seraient dotés. Il convient déjà de définir un robot. Celui-ci n’est pas seulement une représentation humanoïde qui évoluerait dans l’espace aux côtés des humains, il peut être aussi un équipement directement intégré dans le corps d’un humain pour lui donner des facultés supplémentaires comme cela est envisagé par les transhumanistes partisans d’un « homme » amélioré.

Le robot peut aussi être une création d’autres robots conçus à cet effet et qui, d’une certaine façon, serait émancipé d’une création humaine pour n’être que la poursuite améliorée d’un processus de reproduction industrielle. Le robot enfin peut adopter un formalisme qui n’a rien de commun avec l’image que l’on s’en fait généralement. Un programme informatique par exemple, tel qu’une intelligence artificielle, peut tout à fait interagir avec les humains en prenant le contrôle d’équipements connectés. Tout cela n’est pas de la science-fiction, mais bien des réalités avec lesquelles nous sommes aujourd’hui confrontés, ainsi des possesseurs ou conducteurs d’un véhicule autonome.

Vous faites référence à Asimov. Pouvez-vous nous rappeler qui est-il et quelle est sa contribution ?

Asimov n’est pas un auteur de S.F comme les autres. Son inspiration littéraire tire sa source non seulement de son imagination, mais aussi de ses connaissances scientifiques les unes et les autres se répondant. Docteur en biochimie et témoin des grandes avancées scientifiques dans les domaines de l’informatique, de l’atome et du spatial (il est décédé en 1992), il a su nourrir son œuvre de ce qu’il voyait et surtout de ce qu’il envisageait. Son œuvre composée de 3 cycles (robots/fondation/empire) au-delà du plaisir de la lecture est surtout une source de questionnement.

La simplicité évoquée dans le titre fait clairement référence aux 3 « lois » d’Asimov à savoir :
Première Loi : Un robot ne peut pas nuire à un être humain ni, restant passif, laisser un être humain exposé au danger.

Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi.

Troisième Loi : Un robot doit protéger sa propre existence, tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième Loi.

Comment définir un principe critique pour le choix du robot, autrement dit, est-il éthiquement possible de définir qui sauver en situation de danger instantané ?

Il est intéressant de noter que cette volonté de simplification a, immédiatement, été contrecarrée, dans ses ouvrages, par l’émergence d’exceptions à ces principes. C’est au demeurant ce qui rend son œuvre profonde et interpellant le lecteur d’aujourd’hui avec l’intrusion de l’éthique dans une équation qui ne se voudrait qu’algorithmique.

L’éthique vient en effet tout compliquer et de la simplicité affichée nous faire découvrir la complexité de la réalité. Si on reprend l’exemple de la voiture autonome qui est, de facto, un robot à même de faire des choix de conduite, quel choix fera-t-il dans l’hypothèse d’un accident. Sacrifiera-t-il le conducteur du véhicule ou des tiers extérieurs à celui-ci ? On a cru comprendre que certains constructeurs faisaient de la protection de leur acheteur une priorité alors que d’autres semblaient plus flexibles en la matière.

Aujourd’hui il n’y a pas réellement de droit pour fixer un cadre à de telles situations, le droit robotique n’existant pas de fait, il est difficile de juger si tel ou tel choix est mauvais. Ce droit robotique mérite d’être défini. Aujourd’hui c’est une page blanche dans la mesure où la tentation est trop forte d’y appliquer un tropisme humain dominant là où l’humain pourrait ne pas être présent. L’imagination des auteurs de science-fiction est de ce point de vue une aide précieuse.

Asimov dans ses ouvrages pose des questions qui sont d’actualité alors qu’à son époque elles n’étaient que suppositions. Ces questions sont d’autant plus pertinentes qu’elles se fondent sur la connaissance scientifique de leur auteur qui sait que le plausible, un voyage au-delà du système solaire par exemple, ne sera possible que dans des conditions inaccessibles aux humains, sauf à recourir à des technologies et des robots.

Plutôt 10 règles ou triptyque ?

Le droit robotique ne sera pas simple.
Inexistant aujourd’hui, il prendra certainement une place prépondérante au cours des prochaines décennies.
Au fond il sera sur le modèle de nos droits occidentaux actuels qui partent tous, ou presque, du décalogue pour produire ensuite toute une série de normes qui visent à couvrir le champ en constante expansion des sujets à traiter.

Le fait de partir d’un triptyque et non de 10 règles ne devrait pourtant pas simplifier l’exercice.
Il ne faut pas s’en formaliser. La loi de Moïse ou le Code d’Hammourabi, la Magna Carta ou la loi du Talion, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen posent des règles simples représentant le bon sens de leur temps. Ces textes ont été des boites de Pandore qui ont permis la rédaction de multiples règles, normes et lois qui en sont issues.
Partir aujourd’hui des 3 lois d’Asimov n’est donc pas un exercice vain, il faut bien un point de départ à toute (r)évolution.

Le droit robotique ne sera donc pas simple, pourquoi le serait-il au demeurant ? Un droit, quel qu’il soit est avant tout le reflet de nos regards sur un fait de société. L’air du temps comme les progrès technologiques sont de formidables moteurs de création juridique avec parfois le sentiment que le droit est à la traine du progrès mis en œuvre dans notre vie quotidienne.



nicolas-leregle
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Avocat au barreau de Paris, Associé RESPONSABLES

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