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Les « MAKERS » de la transition écologique

Comprendre les différentes forces qui entrent en jeu dans la dynamique de transition écologique n’est pas aisé tant la prolifération des acteurs est impressionnante. (Et les tentatives actuelles de mindmap et d’annuaires à rallonge nous rappellent qu’une trop grande granularité nuit fâcheusement à la compréhension…). Pour autant, lorsque l’on se penche sur ce sujet épineux, il est important d’avoir une vision synthétique des influences pour appréhender la manière dont notre action s’inscrit sur l’échiquier : comment fonctionnent les autres parties prenantes ? Quelles sont leurs croyances ? Quelle est la nature de leur contribution ? Quelle est la nature de notre propre contribution ?

L’infographie proposée dans cet article est à la fois un outil de vulgarisation à l’intention des publics débutants (étudiants, jeunes fresqués, futurs chargés de RSE…) et un outil de gestion de projet simplifié. Elle représente les typologies d’acteurs de la transition et les différentes natures de leur contribution : par le débat d’idées, la science, le politique, la (in)formation, le commerce et même la violence*. C’est une version « nudge » de l’écosystème. Elle se limite aux « makers » (autrement dit aux agents actifs positifs, ceux qui FONT directement avancer la dynamique collective de transition, et non les opposants et/ou freins). Même les acteurs de type colibris, opportunistes ou suiveurs sont simplement évoqués sans acquérir pleinement le statut de « makers », considérant qu’ils agissent essentiellement à leur échelle sans influer directement sur la dynamique initiale. (Ils sont à l’origine des effets, mais moins des causes).

L’objectif de cette simplification est de permettre une identification rapide des leviers conduisant à une mise en mouvement des groupes et des individus. Analyser les rôles des différentes parties prenantes à travers cette grille de lecture révèle en effet la nature des dynamiques impulsées et les éventuels manquements d’un projet. On peut alors non seulement envisager de donner plus d’impact à l’action (« Je suis scientifique, et si je devenais transmetteur ? Ou politique à travers un Think Tank ? » « Sur ce sujet, agit-on sur tous les leviers ? »), mais on peut surtout éviter certains écueils, en particulier liés à la confusion des rôles.

Prenons l’exemple de la crise de la Covid 19 : on a constaté que le fait politique et le fait scientifique ont peiné à se distinguer dans la cacophonie générale. Or si certaines perméabilités sont indispensables entre les deux typologies d’acteurs et de contribution, in fine chacun doit avoir des prérogatives claires en fonction de son spectre de compétences et de ses objectifs. En l’occurrence dans le cas cité, étant donné que le fait politique vise la mise en œuvre d’une stratégie, il est par nature un parti pris assumé et non une « vérité » scientifique ou même historique.

Il n’y a qu’à relire Le Prince de Machiavel pour s’en convaincre : des politiques très efficaces et reconnues peuvent se construire sur des mensonges. « De notre temps, nous avons vu un prince qu’il ne convient pas de nommer, qui jamais ne prêcha que paix et bonne foi, mais qui, s’il avait toujours respecté l’une et l’autre, n’aurait pas sans doute conservé ses États et sa réputation». Et cet exemple n’est pas choisi au hasard, car la question de l’opposition entre vérité (ou outillage scientifique) et fait politique va nécessairement ressurgir dans les années à venir dans le contexte d’une transition qui va imposer des choix difficiles…

Alors oui : le cumul des mandats est évidemment permis en matière de contribution à des futurs plus désirables. Un scientifique peut publier un livre qui deviendra un bestseller (il deviendra de facto vigilant et/ou transmetteur). Il peut également être auditionné au Sénat et jouer sur le tableau politique. Son impact variera au gré de ses actions et de sa posture. Mais la plupart des acteurs n’ont pas les capacités d’un Jean-Marc Jancovici ; et être clairvoyant est l’impératif catégorique de toute efficience même dans le contexte d’une transition protéiforme… D’où l’intérêt de se familiariser avec ce type d’infographie et de raisonnement pour savoir sur quoi on agit, avec quelles armes et dans quelles limites !

Infographie Emilie Tranchant Copyright

*La création d’une catégorie « activistes radicaux » peut sembler surprenante en France, voire discutable. Ce choix est pourtant pleinement assumé, car l’écoterrorisme tend à devenir un facteur géopolitique majeur. On l’a constaté récemment à travers la dissolution des Soulèvements de la terre : le gouvernement craint d’une montée rapide de l’éco-terrorisme suite aux violences de Saint Soline. Et c’est un fait : pour certaines populations, la violence sera probablement le seul moyen d’expression. Cette « capacitation » diffère par nature des actions d’État (y compris de la violence légitime), mais en dépit des dommages collatéraux induits, les activistes radicaux font aussi évoluer la dynamique de transition. Ce sont des « makers ».

Plus de publications

Émilie Tranchant est planneur stratégique. Elle a une formation initiale en philosophie et en communication. Elle a travaillé  pour l’ADEME sur le lancement du programme «  Changement des comportements » en accompagnant les acteurs de la transition sur l’analyse des cartographies d'acteurs (jeux d'influence), la communication vers les élus ainsi qu'une sensibilisation à l'UX Design.

Émilie dirige l'agence La boîte à mots spécialisée dans l’accompagnement des transitions. Son credo : le conseil stratégique, l’incentive & la montée en compétence des équipes, le développement d’outils de communication en appui des feuilles de route. La particularité de La boîte à mots est d’orienter son conseil sur une prise en compte renforcée du facteur humain.

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