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Prospective de l’engagement

Le titre de cet article pourrait ressembler à un oxymore : la prospective est outil d’aide à la décision, elle semble être éloignée de l’engagement qui lui est de l’ordre de l’action.

Pour lier raisonnablement ces deux termes, il suffit d’évoquer la notion de politique. Car prospective et engagement sont deux notions dont les champs de mise en œuvre — intellectuelle et/ou tangible — relèvent de celui, plus large, de la politique. À l’ère du clash, en des temps d’un retour aux postures radicales sans concession, voulant néanmoins parler de politique, il faut revenir à l’étymologie du mot pour en saisir toute l’importance. En remontant au grec « polis » (la cité), la politique redevient la « gestion de la cité (par les citoyens) ».

L’aspect politique de l’engagement n’est pas contestable : pour faire de la politique, pour servir la communauté de la nation, peu importe l’échelle à laquelle on se situe, il faut de l’engagement. De l’engagement pour agir dans les milieux associatifs, pour lutter contre les inégalités, l’illettrisme… pour proposer des contenus riches et documentés dans un monde où règne le consumérisme futile et jetable, sous l’influence des médias sociaux et des algorithmes… Il faut donc de l’engagement pour construire un réel quand pourtant tout incite le citoyen à s’en désintéresser.

Pour ceux qui ne la pratique pas, l’aspect politique de la prospective est peut-être plus difficile à saisir. Comme cela a été dit plus haut, la prospective, outil d’aide à la décision, relève aussi de la spéculation éclairée. Partant du présent, en identifiant là des éléments en apparence tenus, mais à fort potentiel d’impact à plus ou moins long terme (ce qu’on nomme les signaux faibles), il s’agit d’envisager les potentiels avenirs qui se construisent dans le domaine considéré et en conséquence des signaux faibles identifiés.

Cette élément succinct de démarche posé, il convient de préciser qu’il existe trois grandes familles de prospectives, deux sont proactives, l’une, la plus récente, est adaptative.

Les deux premières, proactives, sont nées au même moment, deux cotés de l’Atlantique, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Il s’agit d’abord de la prospective anglo-saxonne tournée vers une approche volontariste et opérationnelle (au service d’une nation ou des entreprises de cette nation). On pourrait la dire l’héritière du « Projet Manhattan » qui a donné naissance à la bombe atomique. Ensuite vient la prospective dite de l’École française. Elle est héritière de Gaston Berger, homme politique et entre autres refondateur du système universitaire français. Elle agit, se veut au service du plus grand nombre se faisant sociale et bienveillante.

Dans ces deux formes de prospective, il s’agit d’identifier un avenir souhaitable et d’argumenter ce choix (grâce aux signaux faibles). Puis, on met en œuvre les moyens jugés nécessaires pour atteindre cet avenir désiré. C’est là le rôle du manager, du décideur, du politicien.

En ce qui concerne la prospective adaptative, la démarche consiste à identifier les compétences que le présent dont entretenir et acquérir pour rester agile face à l’indétermination non prédictible de l’avenir, c’est ce qu’on appelle les littératies du futur, la prospective balayant le champ des avenirs possibles à coup de ruptures, d’accidents, de transgressions initiés par les signaux faibles… Parlant de ces littératies du futur de manière un peu provocatrice, Riel Miller, ancien prospectiviste de l’UNESCO, a l’habitude de dire : « Le présent n’a pas à coloniser l’avenir, mais il a à s’y préparer ! ». À cela on peut ajouter l’attention — elle aussi provocatrice — à laquelle le philosophe allemand, Hans Jonas, nous invite quand, dans son ouvrage « Le principe Responsabilité », il nous dit que l’éthique contemporaine doit désormais être attentive au bien-être des générations non nées tout autant qu’à celui des individus du présent.

Faire une prospective de l’engagement consiste alors à rappeler en quoi les actions du présent sont les briques avec lesquelles l’avenir se construit. Faire une prospective de l’engagement permet de se mettre à nouveau dans une relation au temps long, à une époque de l’immédiateté et de l’urgence permanente. Faire une prospective de l’engagement permet de réinjecter dans le réel les grandes relations que sont « action/réaction » ou bien encore « cause et conséquence », alors que la société moderne, en voie de dématérialisation, voudrait bien nous les faire oublier. Faire une prospective de l’engagement revient donc à réhabiliter la notion de politique. C’est plutôt pas mal comme programme, non ?

Lire aussi : https://www.rse-responsables.com/economie/reveillons-les-forces-de-limagination-dans-lentreprise/

Olivier PARENTest Directeur d’études prospectives issu d’une double culture artistique et scientifique, Olivier Parent fonde, en 2006, FuturHebdo.fr,le média de nos futurs immédiats. Sur ce site, des articles abordent les avenirs sur le mode du journalisme prospectiviste (rédiger des mini-fictions en utilisant le style rédactionnel du journalisme).

En 2015, Olivier crée le Comptoir Prospectiviste.fr, un bureau d'études prospectives spécialisé dans le futur des organisations, la sociologie des nouveaux usages et la création de contenus dédiés à la prospective.

Cette même année, il est Auditeur de l’IHEST, Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, et il débute une collaboration avec le Huffington Post qui porte sur des analyses prospectives des films de science-fiction à leur sortie en salle. Aujourd'hui, ces analyses portent sur l'ensemble des œuvres de la SF et sont aussi produites pour le CNES et inCyber News. Ces chroniques sont toutes rassemblées sur le site Sciencefictiologie.fr.

Attaché à la valorisation de la culture populaire comme source d’inspiration pour l'avenir, il s'intéresse aussi à l’étude des impacts de l’innovation sur les corps biologiques, sociaux, entrepreneuriaux, étatiques...

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