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Au-delà de la RSE : le tournant régénératif – lauriers de la régénération 2026

On demande souvent aux entreprises de faire moins de dégâts. Mais peut-on attendre d’elles qu’elles fassent aussi plus de bien ?

De plus en plus d’entreprises prennent de vrais engagements parce qu’elles ne veulent plus seulement réduire leurs impacts ou améliorer leur bilan RSE. Elles cherchent à donner plus de portée à leur activité : mieux rémunérer, relocaliser, réparer, protéger les ressources vivantes, renforcer les filières et contribuer concrètement aux territoires dont elles dépendent.

Ces engagements ne naissent pas de nulle part. Ils prolongent des pratiques déjà portées depuis longtemps par l’ESS, l’agroécologie, les coopératives, les filières équitables, la finance solidaire, la réparation, le soin ou les territoires. Ce qui change aujourd’hui, c’est que ces pratiques longtemps dispersées commencent à se rejoindre sous une question commune : comment faire en sorte qu’une activité économique renforce réellement les milieux humains et non humains dont elle dépend ?

Les Lauriers de la Régénération prennent une forme simple : un appel à candidatures, un jury, un palmarès, des lauréats, des éditions successives. Mais il se joue autre chose qu’une remise de prix. Les Lauriers accompagnent l’élargissement d’un mouvement encore jeune : celui des entreprises et organisations qui cherchent à ne plus seulement limiter leurs impacts, mais à renforcer les capacités du vivant humain et non humain.

Leur enjeu n’est pas de distinguer les bons élèves de la RSE. Il est d’aider à reconnaître ce qui relève vraiment d’une trajectoire régénérative. Dans un moment où le mot « régénération » circule beaucoup, avec le risque de devenir un simple argument de communication, les Lauriers posent une question simple et exigeante : à quelles conditions peut-on dire qu’une offre transforme réellement sa chaîne de valeur, son modèle économique et son territoire ?

Le déplacement est profond. La RSE a principalement appris aux entreprises à limiter les dégâts : réduire les émissions, réduire les pollutions, réduire l’extraction ou les exclusions. Cette étape reste nécessaire. Mais la régénération invite à aller plus loin : contribuer à restaurer, renforcer et développer les conditions de vie dont l’activité dépend. La question n’est plus seulement « comment faire moins d’impacts négatifs ? », mais « qu’est-ce que cette activité rend plus vivant, plus fertile, plus juste et plus durable autour d’elle ? »

C’est dans ce cadre que la triple profitabilité prend son sens. Elle ne désigne pas trois bénéfices ajoutés les uns aux autres. Elle reformule la performance. Un modèle régénératif doit tenir ensemble la viabilité économique, la contribution sociale et la contribution écologique. Il ne s’agit pas de réussir économiquement malgré les dommages causés au vivant, ni de compenser après coup, mais de construire des modèles dont la solidité dépend du renforcement des sols, des filières, des producteurs, des salariés, des habitants, des territoires et des écosystèmes.

Pour éviter que cette ambition reste abstraite, les Lauriers partent du réel. Non pas seulement des engagements corporate ou des récits institutionnels, mais de ce qui se vérifie dans une activité précise. Un produit, un service, un lieu, une filière ou un modèle devient alors un point d’entrée pour examiner les dépendances : quelles matières ? quels sols ? quels producteurs ? quelle rémunération ? quelle gouvernance ? quelle durée de vie ? quels usages ? quels impacts mesurés ? quelle valeur partagée ? L’offre devient le lieu où la régénération se prouve — ou non.

Le jury apprenant joue ici un rôle essentiel. Dans un champ qui n’est pas encore stabilisé, il ne peut pas fonctionner comme un tribunal appliquant une norme définitive. Il agit comme un espace de discernement. Il distingue, questionne, encourage, repère les angles morts et aide à préciser les conditions de progression. Sa fonction n’est pas seulement de dire qui reçoit un Laurier ; elle est de contribuer, cas après cas, à construire une lecture plus exigeante de la régénération.

Cette lecture repose sur des critères qui empêchent la régénération de rester une impression positive. Les dossiers sont regardés à partir de la limitation des impacts négatifs, des contributions positives à la nature et à la société, de la viabilité économique, de la gouvernance, du partage de la valeur, du leadership et de la trajectoire globale de l’organisation. Une offre n’est donc pas reconnue parce qu’elle coche une bonne pratique isolée. Elle commence à devenir régénérative lorsqu’elle modifie la logique de valeur autour d’elle : ce qu’elle produit, ce qu’elle répare, ce qu’elle protège, ce qu’elle transmet et ce qu’elle rend possible pour d’autres.

Cette exigence suppose aussi une rigueur de preuve. La régénération ne peut pas devenir un mot-valise. Les labels, certifications et démarches de vérification jouent ici un rôle important. Ils ne couvrent pas tous les mêmes dimensions et ne suffisent pas à eux seuls à définir le régénératif, mais ils introduisent une discipline : préciser ce qui est mesuré, vérifié, certifié, documenté ou encore à démontrer.

C’est ici que la diversité des partenaires compte. Les Lauriers ne réunissent pas seulement des candidats et un jury. Ils agrègent des marques, des filières, des cabinets, des labels, des financeurs, des médias, des chercheurs, des associations, des territoires et des collectifs. Cette diversité dit quelque chose du sujet lui-même : la régénération ne peut pas être portée par un acteur seul. Elle suppose des coalitions capables de relier production, preuve, financement, accompagnement, récit, territoire et transformation des usages.

Les partenaires ne sont donc pas seulement des soutiens de l’événement. Leur diversité montre qu’un champ régénératif ne peut se structurer que si plusieurs fonctions avancent ensemble : prouver, financer, accompagner, certifier, raconter, expérimenter et transmettre. C’est cette combinaison qui permet de passer d’initiatives isolées à un espace commun de reconnaissance, de discussion et de progression.

Les éditions successives ne doivent pas être lues comme une progression linéaire. Elles forment plutôt une accumulation de cas, de preuves, de récits, de controverses, d’alliances et de repères. Les lauréats issus de l’agriculture, de l’alimentation, de la cosmétique, du textile, de la finance, du numérique, de l’architecture, du tourisme, de la santé, de la culture, de l’ESS ou des territoires montrent que la régénération n’est pas une catégorie sectorielle. Elle est une question posée à toute activité économique : que fait-elle aux milieux humains et non humains dont elle dépend ?

Cette question rencontre très vite des verrous structurels. Les métriques classiques reconnaissent encore mal les services rendus par le vivant. Les formes juridiques ordinaires protègent difficilement les missions contributives dans le temps. Les modes de management restent souvent marqués par l’optimisation, le contrôle, la vitesse et le court terme. La régénération apparaît alors non comme une amélioration de l’existant, mais comme une transformation plus profonde des règles du jeu.

C’est pourquoi les exemples de fondations actionnaires, de coopératives, de certifications régénératives, de comptabilités multicapitaux, de filières équitables, de réparation, de sobriété numérique ou de sols vivants sont importants. Ils montrent que la régénération a besoin d’architectures nouvelles pour protéger dans la durée les engagements pris aujourd’hui.

Avec l’édition 2026, le mouvement s’élargit et se relie. Organisée les 11 et 12 juin 2026, à Syntec Conseil et en ligne, elle distingue 38 produits et services régénératifs dans une grande diversité de secteurs : agriculture, alimentation, cosmétique, textile, distribution, architecture, bois, finance, numérique, santé, éducation, culture, tourisme, ESS et territoires.

Ce qui frappe, c’est la cohérence d’ensemble du palmarès. Les lauréats ne racontent pas chacun une histoire séparée ; ils dessinent un même mouvement. Qu’il s’agisse d’une ferme, d’une laine française, d’un restaurant, d’un livret d’épargne régional, d’une cantine de quartier, d’un centre de santé communautaire, d’une ville en transition ou d’une fondation actionnaire, on retrouve une même logique : transformer l’activité économique pour renforcer les milieux dont elle dépend.

La place importante de l’ESS est particulièrement significative. Associations, coopératives, structures d’insertion, finance solidaire, lieux de soin, cantines partagées, territoires en transition : ces acteurs ne sont pas à la marge du palmarès. Ils rappellent que la régénération ne se joue pas seulement dans les matières, les sols ou les certifications, mais aussi dans les liens sociaux, l’accès, l’inclusion, la coopération locale et la capacité des habitants à reprendre prise sur leur territoire.

Les Lauriers 2026 rendent ainsi visibles plusieurs pratiques d’avenir : sols vivants, juste rémunération, filières relocalisées, gouvernances protégées, réparation, sobriété, insertion, coopération territoriale, comptabilité multicapitaux, certifications régénératives, modèles coopératifs ou fondations actionnaires. Les labels et démarches de preuve apportent de la rigueur, mais la cohérence du palmarès tient surtout à ce fil commun : chaque lauréat montre, à sa manière, comment une offre peut devenir un levier de contribution au vivant humain et non humain.

En ce sens, 2026 ne présente pas seulement 38 lauréats. L’édition montre un mouvement qui s’élargit à l’échelle de l’économie réelle : des agriculteurs aux distributeurs, des marques aux financeurs, des acteurs de l’ESS aux territoires, des labels aux cabinets, des médias aux lieux de formation. Les maillons essentiels commencent à se relier autour de cas de référence, de critères, de preuves et de pratiques déjà à l’œuvre dans les secteurs clés de l’économie.

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Jérémy Dumont est le président du collectif Nous Sommes Vivants. La mission de ce réseau de consultants : aider les entreprises et les territoires à contribuer au vivant. Concrètement, cela passe par des ateliers expérientiels comme la Fresque des émotions, la Fresque des imaginaires ou la Fresque du facteur humain - le business model de l’entreprise Régénérative en 5 ateliers - et encore par des dispositifs de reconnaissance comme les Lauriers de la régénération, qui mettent en lumière les réussites exemplaires.

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