
La banlieue n’est pas un angle mort de la République.
Elle est un actif économique stratégique, largement sous-exploité. Un gisement de compétences, de foncier, d’entrepreneurs et d’énergie productive que la France continue trop souvent d’aborder par le prisme sécuritaire, social ou urbanistique, trop rarement économique, presque jamais stratégique.
Ce décalage explique une partie du décrochage. Non pas parce que la valeur n’existe pas, mais parce qu’elle n’est ni identifiée, ni structurée, ni connectée aux circuits de décision et d’investissement. Ce qui manque n’est ni le talent ni la volonté. Ce qui manque, c’est la vision, le plan, la méthode permettant l’émergence de ces territoires comme relais de croissance.
C’est la vision que je défends : sortir la banlieue du seul registre du traitement social pour l’intégrer pleinement à la réflexion économique nationale.
Des chiffres qui imposent le respect
Avant d’être un sujet de discours, la banlieue est un sujet de chiffres.
On compte 250 000 TPE-PME implantées dans les 1 609 quartiers prioritaires de la politique de la ville, en métropole et en outre-mer. Elles génèrent 75 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, soit environ 2,5 % du PIB français. Ces territoires disposent par ailleurs d’environ 300 millions de m² de réserve foncière mobilisable, trop souvent gelée par défaut de stratégie économique.
Sur le plan humain, le constat est tout aussi clair. Le taux de chômage y atteint environ 18 %, soit 2,5 fois la moyenne nationale. Dans un pays confronté à une pénurie structurelle de main-d’œuvre (industrie, BTP, logistique, services, numérique) cela représente des centaines de milliers de compétences disponibles, prêtes à être formées et mobilisées.
Le potentiel de croissance est estimé à 150 milliards d’euros sur quinze ans, à condition de structurer l’offre, la demande et l’investissement. Pourtant, moins de 2 % des investissements nationaux s’y orientent aujourd’hui.
La réalité est simple : la banlieue n’est pas un coût. C’est une opportunité économique nette.
Une excellence forgée sous contrainte
L’excellence ne naît pas toujours dans le confort. Elle se forge souvent sous contrainte.
Nos entreprises installées dans nos banlieues ont appris à optimiser, mutualiser, apprendre vite et s’adapter en permanence. Ces compétences sont devenues centrales dans une économie instable, soumise à des pressions réglementaires, environnementales et sociales croissantes. Pourtant, elles restent insuffisamment reconnues car elles ne correspondent pas aux codes traditionnels de la performance.
Le résultat est connu : des entreprises capables mais invisibles ; des talents opérationnels mais non certifiés ; une valeur réelle mais insuffisamment captée.
Le vrai problème : l’interface
Contrairement à une idée reçue, le problème n’est pas l’offre. Les 250 000 TPE-PME des banlieues produisent. Le problème n’est pas non plus la demande : les grands groupes cherchent des fournisseurs responsables, capables de démontrer un impact réel, notamment depuis l’entrée en vigueur de la directive CSRD.
Et pourtant, la rencontre ne se fait pas.
Pourquoi ? Parce qu’il manquait jusqu’ici un pont structurant, crédible et audité entre ces deux mondes.
Ces entreprises ne sont pas toutes immédiatement prêtes à répondre aux standards des grands donneurs d’ordre. Gouvernance, certification, capacité de production restent des défis. C’est précisément là que l’ingénierie d’interface devient décisive.
Made in Banlieue : de la narration à l’outil économique
C’est exactement le rôle du label Made in Banlieue.
Audité par AFNOR Certification, il ne s’agit ni d’un slogan ni d’un marqueur symbolique, mais d’un outil économique opérationnel.
Pour les grands groupes, il ouvre l’accès à un vivier de fournisseurs locaux structurés, capables de répondre aux exigences de performance, de qualité et de traçabilité. Il fournit une preuve tangible d’impact social et territorial conforme aux exigences CSRD, tout en réduisant les risques réputationnels et opérationnels. Il aligne enfin politique Achats, stratégie RSE et performance économique.
Pour les TPE-PME, le label apporte un référentiel clair pour s’organiser, se professionnaliser et monter en gamme. Il les aligne avec les attentes réelles des donneurs d’ordre et améliore leur accès aux marchés, aux financements et aux partenariats. L’effet est immédiat : emplois locaux, stages, apprentissage, structuration durable.
Le label ne protège pas : il prépare au marché réel.
De l’ESG déclaratif à l’impact mesurable
Le temps des rapports lénifiants est révolu. La CSRD impose désormais des indicateurs vérifiables, des preuves auditables et une traçabilité rigoureuse des impacts.
Dans ce contexte, le label Made in Banlieue permet de documenter l’impact territorial réel, de démontrer la contribution à l’emploi local, de mesurer l’ancrage économique et de transformer une contrainte réglementaire en avantage compétitif.
Ce n’est plus de la communication.
C’est de la comptabilité extra-financière utile.
Le Forum économique des banlieues : la vitrine de l’exécution
Un écosystème ne peut exister sans lieu de rencontre. Le Forum économique des banlieues joue ce rôle de catalyseur. Ce « Davos des banlieues » s’est imposé comme un moment fort du calendrier économique français.
Lors de la dernière édition de novembre 2025, parrainée par Philippe Bourguignon, 2 000 participants étaient réunis. 15 millions d’euros de chiffre d’affaires y ont été réalisés et 50 millions d’euros de financements mobilisés.
Sa vocation est claire : dépasser le « vivre ensemble » pour faire ensemble. La banlieue n’y est pas invitée par charité, mais parce qu’elle produit de la valeur économique et de l’impact social.
La banlieue, réservoir démographique et moteur d’avenir
Dans un pays qui vieillit, où, pour la première fois depuis l’après-guerre, les décès sont devenus plus nombreux que les naissances, la banlieue joue un rôle démographique central.
Ces territoires regroupent environ 6 millions d’habitants, dont 42 % ont moins de 30 ans. Autrement dit, la banlieue constitue aujourd’hui le premier réservoir de jeunesse du pays. Là où d’autres territoires s’étiolent, elle continue d’alimenter la dynamique démographique, le renouvellement de la main-d’œuvre et l’innovation sociale.
Ignorer cette réalité serait une faute stratégique.
Les banlieues, territoires émergents de la France
Si la croissance mondiale est aujourd’hui tirée par les pays émergents, la France dispose de ses propres territoires émergents : ses banlieues. Elles sont les relais de croissance de demain.
Il y a eu Choose France. Mais seulement 1,8 % des investissements annoncés ont été fléchés vers les banlieues. Avec le Forum économique des banlieues, nous avons créé Choose Banlieue. Dans la continuité du Made in France, nous avons créé Made in Banlieue.
Même logique : identifier, structurer, valoriser, investir.
Conclusion
La banlieue n’a pas besoin d’être réinventée. Elle a besoin d’être reconnue, structurée et connectée. Les entreprises existent. Les compétences sont là. Le foncier est disponible. Le potentiel est chiffré : 150 milliards d’euros à quinze ans.
Le label Made in Banlieue est l’outil.
Le Forum économique des banlieues est la vitrine.
La CSRD est l’accélérateur.
Le sujet n’est plus celui des intentions, mais celui des mécanismes d’exécution et de leur généralisation.
La banlieue n’est pas un sujet de réparation morale.
Elle est un sujet d’allocation intelligente du capital et une partie majeure de la solution économique française.


Aziz Senni, entrepreneur et investisseur engagé, révèle sa vision et son plan pour transformer nos quartiers en moteurs de croissance capables de créer des centaines de milliers d'emplois et plus de 150 milliards d'euros de richesse nouvelle en quinze ans.

